À la ligne : feuillets d’usine

Le narrateur est un homme lettré qui, faute d’emplois dans sa région (la Bretagne), enchaîne les petits boulots dans les usines de poissons et les abattoirs locaux. Il est persévérant et courageux, prêt à se lever à l’aube, soumis aux heures supp’ de rigueur pour mettre du beurre dans les épinards. Et ce texte, il le livre tel un poème en forme libre. Il n’y a pas de ponctuation et, bien que déstabilisant au départ, le lecteur oublie la rigueur et se laisse prendre par ce rythme si particulier.

Entre quotidien de galériens, anecdotes de vie qui file à se rompre le dos, c’est tout à la fois (in)juste et brûlant d’actualité. Le parcours de l’auteur est a priori proche de son anti-héros : un parcours littéraire et une vie à la dure en Bretagne. Mais est-ce bien l’important ?

Ce livre a été une gigantesque claque et, si je vous dis que c’est un premier roman, c’est déjà d’une telle conviction et d’un tel achèvement que je signe d’emblée pour lire les prochains. Rien que de me repencher dessus pour la critique, j’en suis encore toute ébaubie…

Deux petits extraits pour illustrer le propos :

À l’agence d’intérim on me demande quand je peux commencer
Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue
« Eh bien demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne »
Pris au mot j’embauche le lendemain à six heures du matin
(p.6)

Y a un intérimaire qu’est arrivé au début de la semaine et il vaut son pesant de sardines

Non content d’être tire-au-flanc
Gratteur de clopes
Gratteur de trajets aller-retour en bagnole
Il est surtout aussi sensible au froid qu’au bon sens

« Ça caille vraiment dans l’usine
— C’est une usine de poissons frais donc vaut mieux oui
— Mais j’ai trois paires de gants et les mains gelées
— …
— Tu crois que je peux demander au chef si on peut mettre de l’eau chaude dans les bacs de poisson où il y a de la glace comme ça ce sera mieux pour travailler »

Ce brave homme ne semble pas avoir inventé le liquide qu’il désire sur son poisson
(p.16)

Il a en plus obtenu le Grand prix RTL-Lire 2019 ce qui lui apportera assurément un plus large lectorat et c’est tant mieux !

À la ligne : feuillets d’usine / Joseph Ponthus (La Table Ronde, 2019, 266 p., coll. Vermillon)

6 réflexions sur “À la ligne : feuillets d’usine

  1. J’avais repéré ce livre en librairie, avec une petite intuition de livre qui me plairait bien, mais c’est en lisant tes extraits que j’en suis maintenant convaincue !

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