Je préférerais ne pas

Soudainement renvoyé de son emploi, Butt trentenaire, réexamine une à une toutes ses habitudes, toutes ses valeurs. Jusqu’à se confronter à cette idée vertigineuse : et si travailler, après tout, cessait d’être l’horizon de nos vies ?

Le personnage est à la dérive et erre dans Là-Bas-Ville, sorte d’eldorado des chômeurs. Il cherche à occuper sa vie, s’établit un planning et sort pour rencontrer des gens. Mais ses pérégrinations ne font pas illusion longtemps et on comprend le titre comme un refus d’obstacle au changement. Etre livré à lui-même c’est ne rendre de compte à personne et pouvoir rythmer ses journées comme il l’entend. J’ai aimé ses stratagèmes d’occupations, ses tentatives pour produire malgré tout quelque chose d’utile. On le sent caustique et désabusé et son humour nous gagne au fil des pages.

Le pitch m’avait tentée mais j’ai été un peu déroutée par les dessins qui, maintenant que j’ai lu la biographie, sont très graphiques et pourraient être de l’univers du jeu vidéo. Les personnages ont des trognes d’avatars et les éléments composites mêlent web 2.0 et données ethnographiques de haut vol. C’est à la fois déroutant, exigeant et plein de bonnes idées ! Une BD qui ne peut laisser indifférent ! Et puis c’est peut-être moi qui me fait des idées mais je trouve que Butt ressemble trait pour trait au Christ.

Ci-dessous un des jeux auquel s’adonne le brave Butt pour passer le temps…

Je préférerais ne pas / Justin Wong (Rue de l’échiquier, 2018, 141 p., coll. Rue de l’échiquier BD)

La fenêtre au sud

Voici un roman qui s’étale au gré des quatre saisons.  Un homme écrit ou plutôt tente de coucher sur le papier l’histoire d’un couple qui part en vacances. Il est au fin fond de l’Islande mais on ne sait pas vraiment où. Il est dans une maison qui n’est pas la sienne avec une machine à écrire et de quoi survivre quelques mois.

A la manière d’instantanés, le récit s’égrène en paragraphes qui remodèlent une vie parcellaire, comme figée dans un temps qui continue de s’écouler ailleurs. Le narrateur écoute les infos et assiste impuissant aux grands drames internationaux : le séisme de Fukushima, l’assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Il est un spectateur stupéfait de cette réalité qui se déverse en flux continu.

En Syrie, les rebelles sont abattus et les corps s’amoncellent dans les rues de Damas. Un mot étrangement beau, Damas. Je ne pourrais jamais devenir rebelle. (p.46)

Il est érudit et lit beaucoup ce qui cisèle encore plus ses observations du quotidien. Elles sont le sel de son monologue intérieur.

Les dernières générations humaines ont pris leurs repères surtout par rapport au développement de la technologie : après l’arrivée du téléphone, avant l’arrivée de la télévision et ainsi de suite. Dans le livre de Steinbeck, madame Morales se référait en toutes choses à son aspirateur : avant et après qu’elle l’eût acquis. Pourtant, elle n’avait même pas l’électricité. (p. 39)

Vous aimez prendre votre temps, regarder par la fenêtre un monde en mutation ? Vous aimerez ce livre !

La fenêtre au sud / Gyrðir Elíasson (La Peuplade, 2020, 160 p.)

La papeterie Tsubaki

Lu en format numérique

Nous sommes à Kamakura, en périphérie de Tokyo. Poppo est une jeune femme très investie dans son métier. Suivant les traces de sa grand-mère, elle a repris le commerce familial qu’est la papeterie Tsubaki du titre. Bien plus qu’une papeterie, Poppo y exerce là le métier d’écrivain public, fonction transmise par son aïeule, l’Aînée, avec la plus grande rigueur. C’est avec donc énormément de soin qu’elle s’occupe de ses clients, écoutant leur requête, réfléchissant à la meilleure manière de de transmettre un message qu’il soit heureux ou triste. Une fois la missive arrêtée, elle s’attache à choisir stylo et papier qui correspondront parfaitement à l’objet du message. C’est un travail de fourmi car il ne s’agit pas seulement de « répondre à la place des autres » mais bien de s’imprégner des éléments d’une vie pour véhiculer les bonnes informations.

Quand je commençais à manquer d’argent, je réalisais souvent des calligraphies pour les étrangers fascinés par les kanji et le japonais. A l’époque, c’était le boom de la culture asiatique. Les jeunes arboraient fièrement des tee-shirts portant des inscriptions en kanji ou s’en faisaient tatouer sur la peau, c’était à la mode. Mais dans la plupart des cas, soit il y avait des fautes, soit c’étaient des formules risibles bien que correctes.
Par exemple, avec un petit trait en trop, le mot « samouraï » se transformait en verbe « attendre », c’était fréquent. On voyait aussi des jeunes filles se promener impassibles, avec un tee-shirt marqué « gratuit » sur la poitrine – sans doute croyaient-elles proclamer leur « liberté » en japonais. Les kanji étaient rarement employés à bon escient.
(pp. 41-42)

En Chine, les kanji du mot « lettre » désignent le papier hygiénique. Ce qu’il venait de me demander, ce n’était pas une lettre, mais du PQ. J’avais la désagréable impression qu’il me confiait la tâche de lui torcher le derrière. (p. 67)

Avoir peur des pigeons alors que je porte leur nom, voilà qui est bizarre, me direz-vous, mais je n’ai jamais trouvé ces oiseaux sympathiques. (p. 107)
(Petit aparté : je ne m’appelle pas Poppo mais je déteste tout autant les pigeons)

J’aime la linguistique et, depuis que j’apprends le japonais, je suis très sensible aux proximités et différences avec les autres langues (notamment le chinois à qui il emprunte les kanji).  Ce sont donc surtout des passages qui font la part belle aux langues que j’ai relevés.

Ce livre est avant tout un roman d’ambiance. Ne vous attendez pas à un/des élément(s) perturbateur(s) car c’est un quotidien qui se donne à voir, la vie d’un lieu – ou plutôt d’une profession. C’est à la fois délicat et sensible car Poppo met tant de cœur à l’ouvrage qu’on s’y laisse prendre également. Je regretterais juste, du fait de ma lecture numérique, que les lettres rédigées par Poppo (jointes au texte), aient été si petites et donc illisibles. Je me suis ensuite procurée le livre papier et les lettres sont en fait tout à fait au format (et donc lisibles). Cela aurait apporté encore plus de grâce à cette lecture déjà fort plaisante !

La papeterie Tsubaki / Ogawa Ito ; traduit par Myriam Dartois-Ako
(Éditions Philippe Picquier, 2018, 163 p.)

Just not married

Ritsuko et Non-Chan se sont connus étudiants et sont en couple depuis 10 ans. Bien qu’ayant emménagé ensemble il y a 8 ans, ils n’ont pas suivi le chemin classique de bien des couples, en se mariant et en ayant des enfants. C’est d’ailleurs ce qui suscite l’interrogation dans leur entourage. Sont-ils vraiment heureux ensemble ? Quelles sont leurs perspectives d’avenir ? Sont-ils vraiment sur la même longueur d’onde ?

L’intérêt de ce manga réside dans le fait que chaque scène de vie est tour à tour racontée du point de vue de la femme puis de l’homme. Bien qu’étant heureux en ménage, on constate des divergences dans leur manière d’aborder le quotidien. Sous couvert de situations plutôt légères, le couple dans son duo inébranlable est mis à rude épreuve. J’ai par exemple adoré la manière dont est raconté l’épisode d’une bague offerte à Noël. Mais ce n’est qu’une anecdote parmi des moments plus critiques : se retrouver confronté aux enfants des autres, évoquer une sexualité qui s’essouffle…

Il faut que je concède que je me retrouve dans nombre de cas de figure évoqués dans ces deux premiers volumes. Quand on n’entre pas dans la norme sociétale, il semble logique de s’interroger sur la longévité d’un couple. Mais comme de plus en plus de gens font le choix de se stabiliser professionnellement avant de fonder une famille (ou pas), j’ose croire que les conceptions archaïques sur la manière d’établir son plan de vie vont encore évoluer. Voilà une série courte (il en est prévu 5 tomes) qui a le mérite de mettre en lumière quelques parcours à contre-courant.

Just not married. 1 & 2 / Kinoko Higurashi (Kana, 2020, 192 p., coll. Big Kana)

[#RL2020] Freelove

Pour cette rentrée littéraire, j’ai choisi de partir loin, très loin et plus exactement aux îles Samoa, situées dans l’océan Pacifique. C’est là-bas que se déroule l’action de ce roman et nous tenons là un véritable roman d’apprentissage. Inosia est une adolescente de 17 ans et demi particulièrement sage et studieuse. Elle est passionnée de sciences et de Star Trek et est un peu à la marge.

Un jour que les préparatifs vont bon train pour préparer le White Sunday (fête nationale qui célèbre l’enfance et où tous sont vêtus de blanc), la mère d’Inosia manque de tissu pour coudre le vêtement dédié. Elle demande à sa fille de se rendre à Apia pour faire ladite course. En chemin, celle-ci rencontre Monsieur Viliamu, son professeur de sciences qui propose de la conduire.

A la manière de Mrs Dalloway, ce roman s’échelonne sur une longue après-midi ou deux êtres s’apprivoisent et se charment. C’est un éveil à l’amour, une parade charnelle où le vocabulaire samoan et les coutumes locales ajoutent à la singularité de cette relation.

Voici un roman étrange où jamais je n’aurais pu prédire la fin. Car si le rythme tient de Woolf, l’histoire elle s’apparente largement à un Romeo et Juliette des plus exotiques. Par là je veux dire que la relation toute fraîche prend un tournant passionnel imprévisible. Ils sont fougueux ces Samoans ! Et rien que pour la langue (en aperçu, alofa = amour ; lavalava : paréo ; vâ : espace de lien entre les cultures), je ne renie clairement pas cette lecture !

Freelove / Sia Figiel ; traduit de l’anglais par Mireille Vignol (Au vent des îles, 2020, 235 p.)

[#RL2020] Chinatown, intérieur

Willis est un Américain d’origine asiatique qui tente de percer à Hollywood. Dans un monde qui voit tout en noir et blanc, qui se pense comme un affrontement entre Noirs et Blancs, Willis a-t-il sa place ? Mêlant le petit et le grand écran, la série policière, le film de kung-fu, la comédie romantique, le film de procès, Charles Yu nous offre un grand roman américain, émouvant, tendre et parfois amer, un récit d’odyssée personnelle et de conquête sociale dans ce champ de bataille qu’est la société américaine.

Quel ovni que ce livre-ci qui flirte entre bien des genres ! Will est un acteur de seconde zone. Il attribue son peu d’ascension à son origine raciale. Son rêve étant de devenir un superstar, il ne rechigne pas à la tâche. On le suit sur ses scènes de tournage mais aussi dans sa vie personnelle. Et s’il a l’impression d’être de côté, sa vie est digne d’un bon film d’action avec son lot de personnages secondaires et de bons sentiments.

Elle dit que raconter une histoire d’amour, c’est un truc qu’on fait tout seul. Mais pour être amoureux, il faut être deux. Mettre l’autre sur un piédestal, c’est juste une autre façon d’être tout seul. (p. 180)

Ne vous attendez pas un livre plan plan car il est clairement expérimental et le rythme est à cent à l’heure. Il m’a déstabilisée mais il est tellement caméléon qu’il a su me tenir en haleine jusqu’à sa toute dernière page. Une vraie expérience de lecture !

Chinatown, intérieur / Charles Yu ; traduit de l’anglais par Aurélie Thiria-Meulemans (Aux Forges de Vulcain, 2020, 274 p.)

[#RL2020] Dernière cartouche

Paul des Tures est un père un peu particulier. Ce n’est pas vraiment un modèle d’exemplarité et il n’en fait souvent qu’à sa tête. Ses enfants le voient comme un original qui monte les meubles sans lire le mode d’emploi (et commet donc quelques impairs) mais qui a un bagout à toute épreuve. Il a du charisme et sait se faire aimer des femmes, de sa belle-famille et de ses enfants. C’est quelqu’un d’attendrissant mais qui ne mâche pas ses mots, croyant toujours au lendemain plus heureux.

J’ai bien aimé le portrait d’un père dressé par sa fille car l’opinion est souvent teintée d’admiration. Là, la narratrice est plus distanciée d’autant qu’elle apprend des éléments de la vie de son géniteur à sa mort. Et c’est la seconde partie du roman, alors qu’il n’est plus de ce monde, que j’ai trouvé la moins intéressante. Car même si la quête de sa personnalité reste un leitmotiv, les enfants font face à de multiples énigmes. Le père était passionnant tant qu’il était imparfait. Maintenant qu’il n’est plus là, j’ai le sentiment qu’il ne parvient pas « à se défendre ».

Mais pour l’instantané croqué, pour les expressions très imagées, j’en garde tout de même un bon souvenir de lecture !

Lui se plait à dire qu’il est directeur d’une maison close. Consternation. Ma mère corrige. Son mari dirige une jardinerie sous l’enseigne Clause. (p. 19) Il flotte entre une maison et un appartement, entre deux femmes. A moitié parti pour l’une, à moitié présent pour l’autre. (p.64)

Dernière cartouche / Caroline de Bodinat (Stock, 2020, 212 p., coll. Bleue)

Trois fois au bout du monde : Népal, Costa Rica, Chine

Voici trois journaux de voyage en un. Et à l’heure où les voyages sont encore très compliqués, j’ai pris énormément de plaisir à vadrouiller en compagnie de Catherine Cusset. Je ne l’avais jamais lue et, même si depuis j’ai lu plusieurs avis négatifs sur ce dernier, cela ne m’a pas empêchée d’énormément apprécier l’ensemble.

Le premier voyage raconté est un trek au Népal en 2013. Catherine Cusset n’est pas une grande aventurière et, lorsqu’elle apprend que des porteurs peuvent aider à l’ascension, elle ne se le fait pas répéter deux fois. C’est donc « en touriste » qu’elle gravit les sommets, éblouie par des paysages magnifiques, des villages déserts, repue de fatigue et de sensations. 

La seconde virée c’est le Costa Rica un an plus tard. Il faut dire qu’elle et sa famille vivent aux Etats-Unis et l’idée était là de ne pas aller trop loin pour éviter décalage horaire et foule de touristes choisissant des destinations telles que Cuba ou le Mexique. Une amie lui parle du Costa Rica et de son cadre verdoyant et c’est ce qui la décide. Mais le voyage tourne rapidement au fiasco. Le coût de la vie est cher, la mer qu’elle aimerait voir est peu voire pas accessible, les touristes sont légion et les tensions dans son couple commence à poindre.

Son voyage en Chine en mars 2019 est là une totale immersion dans un monde à part où Google est bridé, où les dialogues sont sans faux-semblants (comme cette vendeuse de vêtements qui donne son avis sur le vêtement essayé de manière très cash), où l’eau est servie tiède à table, où les gens crachent au sol. Bref, la mentalité est complètement différente et cette fois, Catherine Cusset se sent volontiers dans son élément.

Je ne suis pas assez raffinée pour être japonaise. Mais pragmatique et indisciplinée comme une Chinoise. Je contourne la loi pour faire ce que je veux. (p.108)

Les critiques formulées sur son bouquin s’accordent sur le fait que c’est une touriste du dimanche qui ne cherche pas vraiment à s’intégrer et qui peut avoir un avis très critique (comme ces pauvres Népalais qui sentent globalement tous mauvais) sur les us et coutumes. Je ne pense pas qu’elle cherche la compassion et j’aime justement le fait qu’elle livre ses impressions « à chaud », avec cet esprit affûté qui rend les escapades beaucoup moins lisses que bon nombre de récits de voyage. Je me suis sentie une certaine proximité avec son expérience d’apprentie voyageuse : avide de découvertes mais avec parfois quelques déconvenues. Cela donne tellement envie de faire ses valises que je ne pourrais que vous le conseiller !

Trois fois au bout du monde : Népal, Costa Rica, Chine / Catherine Cusset
(Gallimard, 2020, 132 p., coll. Le sentiment géographique)

Le Sorceleur : l’intégrale

3612225426038-475x500-1

Geralt de Riv est un mutant qui est régulièrement engagé pour tuer des créatures de toutes sortes. Il est un homme à tout faire, bon tueur à gages, exorciste à ses heures perdues ou encore excellent conseiller des plus puissants. Mais sa posture le stigmatise car il est en marge des humains, appelé régulièrement à la rescousse mais peu intégré à la société.

Il s’allie au poète Jaskier, à la sorcière Yennefer et décide de prendre sous son aile la très convoitée Ciri, princesse de Cintra. Ensemble, ils forment une équipée hétéroclite et prometteuse, portée par un désir de justice et un aplomb sans faille.

J’ai d’abord vu la série télévisée qui était très enthousiasmante. J’ai donc voulu me faire une idée de l’oeuvre originale c’est-à-dire cette saga polonaise qui, depuis l’adaptation, connait un regain de popularité. A mon sens c’est amplement mérité mais ce n’est pas pour autant une lecture facile.

Pour revenir dans le contexte, cette brique-là, je l’avais entamée avant le confinement porté par un élan avec quelques collègues. Le fait de lire en commun nous avait fait avancer comme des flèches. Puis « Voldemort » est arrivé et la panne de lecture avec (j’en étais au 7ème et dernier de la série). Il m’était absolument impossible de lire, je n’arrivais pas à me concentrer et plus je l’ouvrais, plus je m’en dégoûtais. Mon impression a chaud est donc très mitigée sur l’ultime tome de la série qui, à mon sens, tergiverse autour du pot et est répétitif dans les phénomènes de téléportation.

Mais si je regarde plus loin, cette série polonaise a bien des atouts avec, en premier lieu, des personnages charismatiques aux fonctions claires et tout à fait complémentaires. L’intrigue est bourrée de rebondissements et est conduite avec humour. Les deux premiers tomes sont des recueils de nouvelles qui nous permettent d’appréhender un univers extrêmement dense. La suite est un roman plein d’allant où les personnages se séparent, se retrouvent, combattent, débattent et s’attachent. L’univers fantastique est foisonnant et les rencontres pimentent l’action d’une aura de mystère. Les créatures se succèdent, un suspense s’installe car Ciri est un personnage sacré dont l’alliance permettrait de changer la destinée du monde. Une aventure passionnante s’ouvre à vous !
Et moi j’ai dans l’idée de revisionner la saison 1 car je suis sûre que je la verrai sous un nouvel angle…

Le Sorceleur : l’intégrale / Andrzej Sapkowski (Bragelonne, 2014, 3 566 p., coll. Big Bang)
Lu en numérique téléchargement

Dans la forêt

Avant d’évoquer la BD du jour, je voulais juste faire un petit aparté. Je suis assez absente et ce n’est pas du tout parce que j’ai la flemme de faire des critiques. Non, c’est juste que je suis en pleine lecture de la saga de fantasy Le sorceleur. En numérique, j’en ai pour 2700 pages. J’en suis à plus de la moitié mais c’est donc forcément très chronophage. Je suis faible, je ne devais pas céder… mais voilà donc le pourquoi du comment !

9782377311989,0-5995936

C’est toujours assez plaisant de lire les adaptations de romans en BD, surtout lorsque le roman a été un sacré coup de poing. Bon, la déception peut être énorme si l’histoire n’est pas fidèle à l’originale mais, je vous rassure d’emblée, cela n’a pas été le cas ici.

Pour ceux qui seraient passés à côté, il s’agit ici d’un récit dystopique où l’électricité aurait cessé de fonctionner. Deux sœurs vivent dans une maison reculée au fin fond d’une forêt américaine. Leurs parents sont décédés et la ville la plus proche est à 30 minutes de route. Coupées du monde et avec des provisions qui s’amenuisent, leur quotidien se fait de plus en plus difficile.

J’ai adoré me replonger dans cette histoire pleine de tension et de rebondissements. Le fait que la BD soit en noir et blanc renforce le sentiment d’insécurité. Les décors de nature sont superbes et l’histoire est scrupuleusement respectée. Par contre (car il y a un gros « mais »), les trognes des personnages m’ont clairement dérangée. Les traits font penser à ces héros de BD jeunesse ou de mangas. Et c’est fort dommage car ça dénote de l’ensemble qui est de très bonne qualité. J’ai pu en discuter avec une collègue qui a eu le même sentiment de gâchis face à ces personnages presque caricaturaux. Mais pour le plaisir incontestable de retrouver une histoire poignante, je vous conseille malgré tout cette BD !

Dans la forêt / Lomig ; d’après le roman de Jean Hegland (Sarbacane, 2019, 156 p.)