#RL2019 – La vie en confettis

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Valentine, 13 ans, aime les céréales Buldozoruses, Matthieu, qui ne la remarque même pas, et ses parents, avec lesquels elle forme un trio fusionnel. Lorsqu’ils lui annoncent l’arrivée d’un petit frère, elle déchante. D’autant plus que son père est soucieux et sa mère, triste. Elle prend les choses en main et décide d’illuminer son petit monde. 

Je vous ai livré la quatrième de couverture qui est assez fidèle à l’ensemble. Cette Valentine est une ado bien de son temps qui se pensait fille unique et le vivait parfaitement bien. L’arrivée d’un petit frère est donc un réel affront d’autant qu’il bouscule tout l’équilibre familial. Ses parents s’isolent de plus en plus et l’imminence de la naissance rend le climat familial pesant. L’arrivée de l’enfant prodigue, loin d’apaiser les doutes, a tôt fait d’installer une certaine hystérie chez des adultes qui pensaient ne plus avoir à materner.

Parallèlement au cocon familial, on suit Valentine dans ses tracas du quotidien au collège. C’est la phase des premières amours et elle n’est pas en reste, bavant devant son amoureux secret tandis qu’un copain la tanne en la collant continuellement. Comment se rendre irrésistible quand on traîne un boulet dans les parages ?
Cela peut prêter à sourire car, dans les grandes lignes, on est nombreux à avoir traversé des épreuves similaires.

Je dois l’annoncer tout de suite, j’ai détesté de bout en bout. Je partais pourtant séduite par un titre intrigant, par un résumé qui me semblait virevoltant et me laissant augurer un En attendant Bojangles. Mais j’aurais dû me renseigner sur le style qui a été, selon moi, le gros bémol de l’ensemble. Se voulant poétique, il fait dire à notre héroïne des paroles que j’avais peine à imaginer dans la bouche d’une adolescente. Une adulte dans la recherche d’un ton djeun’s, peut-être, mais certainement pas l’incarnation d’une ado en construction. J’ai voulu me « rassurer » en abandonnant ma lecture sans regret et suis allée lire les critiques sur Babelio. Mais je pense être pour l’instant la seule à contre-courant car les critiques sont extrêmement élogieuses. Je ne comprends pas et ai donc décidé de poursuivre mais le regrette amèrement. A part quelques trouvailles langagières, j’ai été tellement agacée par ce style recherché que j’ai dû trimbaler mon livre pendant presque 2 semaines. Mais l’intrigue et le sujet sont intéressants et méritaient sans conteste d’être abordés. 

Quel dommage ! J’en suis peinée car c’est un premier roman et que j’aime soutenir les écrivains débutants mais force est de constater que ce livre-ci n’était clairement pas pour moi. Après, ne vous arrêtez pas à mon seul avis. Comme je le disais, les autres critiques publiées un peu partout sont sous le charme. On ne le répétera jamais assez (et même si je ne l’applique pas), le lecteur a le droit d’abandonner un livre. Que ça me serve de leçon…

La vie en confettis / Hélène Vergé (R. Laffont, 2019, 328 p.)

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#RL2019 – Le ballet des retardataires

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Tokyo, tambours et tremblements, voici le sous-titre de ce livre-ci. Ce témoignage est unique car il infiltre le monde très fermé de l’école tokyoïte de taïko (tambour japonais). Après avoir obtenu une bourse, Maïa s’envole pour le Japon et se heurte à une discipline de fer. Elle qui n’avait jamais voyagé se retrouve au cœur même d’une institution très fermée encore assez livrée sur elle-même. Rares sont les Européens à avoir étudié là-bas et le taïko était pour moi un instrument tout à fait inconnu. Une routine s’installe mais les codes sont rigoureux et les échanges limités (les Japonais sont peu à l’aise avec la langue de Shakespeare) : le professeur, Takeshi, tient les élèves à distance. Fumiko, élève du groupe, devient une guide et amie précieuse.

A travers ce roman initiatique, c’est un instantané du pays découvert qui prend forme. Et le pays du Soleil Levant est plein de surprises, secoué par les typhons et tremblements de terre. Entre incompréhension latente (l’anecdote des toilettes m’a fait tellement rire…) et fascination pour cette rigueur exemplaire, Maïa navigue entre des sentiments contradictoires. Sans cesse sur le qui-vive, elle expérimente les bains, l’opéra et se laisse aller à cette effervescence ambiance.

Pour avoir été au Japon et pour apprendre depuis peu la langue, j’ai été particulièrement intéressée par le regard d’une étrangère, complètement néophyte des usages. Elle apprend le tambour à un rythme effréné mais découvre aussi un peuple discret et d’une persévérance sans faille. Lorsqu’elle évoque l’état de ses mains, pleines d’ampoules et si sensibles de taper à longueur de journée, on se figure bien toute la rudesse de la tâche.

Ce livre est parfois drôle, parfois teinté d’une solitude latente. Il n’en demeure pas moins un très bon témoignage d’une réalité hors de nos frontières et pour cela, lisez-le !

Le ballet des retardataires / Maïa Aboueleze (Intervalles, 2019, 152 p.)
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Adieu, mon utérus

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Yuki Okada, à trente-trois ans et tout pour être comblée : elle est mariée à un homme qu’elle aime et ils sont parents d’une fille qu’ils adorent. Tous deux sont mangakas et ils ont tendance à laisser leur travail envahir la maison au détriment de la vie de famille. Lorsque Yuki se rend compte que ses règles sont anormales (trop fréquentes, trop abondantes), elle consulte son médecin. Et ses craintes s’avèrent fondées car Yuki développe un cancer du col de l’utérus. Estimé à une taille B1 (niveau intermédiaire), il est opérable mais n’est pas sans risques.
Les doutes font place à l’appréhension d’autant que Yuki aimerait donner un petit frère à sa fille. Dans les recommandations, l’opération préconisée implique de retirer les ovaires. De ce fait, il ne serait plus possible d’avoir des enfants. Que faire ? Tenter le diable en laissant une chance au cancer de se développer à nouveau ou retirer toute possibilité de récidive ?

Je trouve que le traitement du sujet par manga rend le tout très émouvant. Les dessins sont mignons, les situations cocasses (eh oui, malgré la gravité, elle a su dépeindre les facéties avec humour) et les personnages bien campés. L’histoire laisse transparaître les sentiments ambivalents qui agitent Yuki et ses proches. Si les professionnels de santé sont bienveillants et empathiques, le patient est livré à un diagnostic implacable, à l’évolution incertaine de sa maladie et aux effets secondaires indésirables. Cet événement renforce les liens familiaux et il a au moins ce mérite : lui faire prendre conscience de la valeur inestimable de la vie.

Et en plus c’est un one-shot alors, pourquoi se priver ?

Adieu, mon utérus / Yuki Okada (Akata, 2019, 171 p., coll. L)

#RL 2019 – Journal de L. (1947-1952)

Vous connaissez certainement le chef-d’oeuvre de Nabokov, le sulfureux Lolita. Vous savez, si vous l’avez lu, qu’il s’agit de l’enlèvement d’une fillette et de l’escapade entreprise avec son beau-père, le dénommé Humbert Humbert. Vous le savez peut-être moins mais cette histoire est inspirée d’un fait réel mais là n’est pas l’objet de ma critique.

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Ici, et c’est là tout l’intérêt, le point de vue adopté est celui de Lolita. Car si elle est victime dans le classique de Nabokov, elle n’a pas voix au chapitre et c’est son ravisseur pédophile qui s’exprime tout du long. Pendant les six ans qu’a duré l’échappée du duo, Christophe Tison se met dans la peau de Dolores (car c’est en fait son prénom) alors qu’elle entre dans l’adolescence. Elle n’a pas connu son père et sa mère est morte mystérieusement quelque temps avant. Humbert Humbert a-t-il quelque chose à voir avec sa disparition ? Il nous est permis d’avoir un doute…

Le roman est rythmé par les hommes qui ont traversé l’existence de Dolores. Du premier, Humbert Humbert, qui a été son beau-père à l’initiative de la fuite, à Noé son nouveau compagnon qui sème en elle de nouveaux espoirs. Cinq hommes, cinq étapes dans la construction d’une féminité bafouée et Lolita tient les rênes, pervertie avant l’âge.

Le ton est parfois cru et c’est choquant que cela sorte de la bouche d’une toute jeune fille. Que personne ne remarque l’innommable, qu’on laisse un tuteur déviant librement abuser de son autorité, ça dérange et révolte. Mais on ne peut s’empêcher de suivre les pérégrinations à travers cette Amérique des années 40 où tout le monde se regarde mais où personne ne se voit.

Ah ! Ils voulaient que j’écrive à Hum, ce gentil garçon qui s’occupait si bien de moi ? Eh bien c’était fait, ou tout comme. J’ai fini par dire que je savais peut-être où trouver Hum et j’ai appelé à l’hôtel de Moro Bay. Il n’avait pas bougé. Ce fébrile manipulateur, ce pédant-inquiet attendait de mes nouvelles comme s’il savait que je reviendrais, que j’étais obligée de revenir. Comme s’il avait prédit ma défaite. (pp.88-89)

Voici selon moi une pièce du puzzle qui manquait à la complétude du roman Lolita. Christophe Tison fait entendre une nouvelle voix et l’innocence n’est plus !

Journal de L. (1947-1952) / Christophe Tison (Éditions Goutte d’or, 2019, 279 p., coll. Fiction)
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#RL 2019 – Databiographie

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Pour ce livre-ci, j’ai été alléchée par la couverture ainsi que par la quatrième de couverture que je vous mets ici :

Charly Delwart a toujours eu question à tout. Quand il a découvert, à la lecture d’une statistique, qu’il y avait sur Terre 200 000 loups sauvages pour 400 millions de chiens domestiques, il s’est posé une nouvelle question : si deux simples chiffres donnent une idée claire de ce que notre monde devient, est-ce que les statistiques pourraient aussi éclairer sa propre existence ? Dire qui il a été et qui il est aujourd’hui, à cet instant précis de ses 44 ans ?
En cherchant à représenter graphiquement sa vie intérieure et sociale, Charly Delwart crée un nouveau genre de biographie : celle qui se raconte en chiffres, en illustrant ses données personnelles d’histoires et de souvenirs. Une databiographie.

Qu’est-ce que l’on raconte de sa vie en la quantifiant ? C’est la question que pose ce livre. Et sa réponse est littéraire puisqu’il invente un mode de déchiffrement de soi, qu’il tend comme un miroir : en plongeant dans la databiographie d’un autre, c’est lui-même que le lecteur reconnaîtra.

Je ne sais pas si vous avez réussi à déceler l’ovni qui se cachait derrière ces lignes. Parmi tous les titres de cette rentrée littéraire, il y avait de la misère humaine, de la radicalisation et parmi tout ce marasme, cette anti-autobiographie assumée se démarquait clairement du lot.
Parsemée de graphiques et données en tous genres, l’auteur scinde sa vie en grandes thématiques et expose le plus intime de manière tout à fait factuelle. Les chiffres sont accompagnés d’un propos qui éclaire la donnée d’une anecdote de vie. Parfois l’ensemble est jubilatoire, parfois il interroge son propre rapport au monde.

Est-ce parce que c’est écrit par un Belge mais j’ai peine à croire qu’un Français aurait pu dresser un tel exposé de sa vie. L’auteur manie l’autodérision dans un portrait pourtant sérieux qui confine à l’absurde. Il explore régulièrement son écartèlement entre sa patrie d’origine et sa patrie d’adoption (il vit maintenant à Paris). Cette mise à nu signe un parti pris original qui plaira ou suscitera, du moins, la curiosité.

J’ai aimé ce découpage thématique et les données que j’ai pu mettre en parallèle avec mon propre vécu. C’est à la fois précis et terriblement fourre-tout. Et cela se déguste comme du petit lait ! (J’aurais aimé vous mettre des extraits mais je l’ai déjà prêté alors…)

Databiographie / Charly Delwart (Flammarion, 2019, 352 p., coll. Littérature française)

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#RL 2019 – Rouge impératrice

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Nous sommes au XXIIème siècle. L’Afrique est devenue une nation unifiée et prospère appelée Katiopa. L’exode s’est inversé et les populations européennes ont fui leur continent, devenu invivable, pour ce nouvel eldorado qui se trouve maintenant au sud. Les nouveaux arrivants sont appelés les Sinistrés.

Boya est enseignante auprès des Fulasi – les descendants des migrants français – et Ilunga est un chef d’Etat respecté. Entre eux, l’alchimie est immédiate. Et ce n’est pas Seshamani, la femme d’Ilunga qui fera obstacle à leur liaison. Quand l’amour s’immisce au cœur même des débats politiques, rien n’est plus pareil. Ragots et complots s’enchaînent dans l’intrigue et pimentent encore plus la marche en avant inéluctable, à moins que la mécanique s’enraye…

Ce beau pavé est un patchwork fascinant de passions amoureuses, d’intrigues politiques et de géopolitique fantasmée. Cela fait, de loin, penser au Trône de fer : c’est diablement ambitieux et magistralement exécuté. Il y a un aspect un peu feuilleton qui est loin d’être déplaisant, bien au contraire. Léonora Miano a développé tout un lexique et fait jaillir des luttes intestines dans un grand territoire désormais objet de toutes les convoitises. Entre les membres du gouvernement qui n’aspirent qu’au repli et ce couple tiraillé en son essence, les inimitiés sont tenaces.

La plume est incisive et les rebondissements multiples. En résumé, cette nouvelle lecture de la rentrée littéraire tient toutes ses promesses.

On voulait être libre sans opprimer quiconque. Justice avait été faite, puisque les Sinistrés, dépouillés de leur puissance matérielle, étaient redevenus des humains parmi leurs semblables. C’était assez. On était satisfait. Quelqu’un avait proposé d’instaurer avec eux une parenté à plaisanterie, ce qui devait être possible à présent qu’on avait remis les pendules à l’heure. (p. 295)

Ce roman fait parmi de la première sélection du prix Goncourt. Et je dois reconnaître que je comprends tout à fait sa place, s’il y reste ! Je lui souhaite un bon bonhomme de chemin parmi les sélections littéraires et en dehors.

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Rouge impératrice / Léonora Miano (Grasset, 2019, 605 p., coll. Roman)

#RL 2019 – In waves

AJ Dungo est illustrateur et vit à Los Angeles. Il a étudié à l’Artcenter College of Design. Lorsqu’il ne dessine pas, on peut le trouver dans l’eau ou assis dans un parking, à zyeuter un trottoir fraîchement peint.

Source : Casterman

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Cette BD, je l’ai achetée les yeux fermés après avoir lu plusieurs bonnes critiques dans les journaux. Grand bien m’en a pris !

L’auteur restitue des grands moments de sa vie avec celle qui l’a initié au surf. De leur rencontre, à leurs moments à deux ou entre amis dans l’eau, c’est aussi un long combat qu’il dévoile en filigrane. Kristen, sa compagne, est atteinte du cancer et ce depuis plusieurs années. A chaque récidive, le couple apprend à s’aimer au fil des vagues, à s’échapper vers d’autres contrées afin de mieux lutter contre la maladie.

En parallèle à ce récit intime, AJ Dungo a dû mener un travail de fin d’études lié à la ville de Los Angeles. Parmi les sujets proposés figuraient Tom Blake qui a révolutionné l’approche du surf en créant notamment des planches plus légères. Le dessinateur propose donc de suivre concomitamment l’histoire qui le lie au surf mais aussi la destinée de deux géants du milieu : Duke Kahanamoku et son disciple, Tom Blake.

Les pages de cet historique s’étalent dans des couleurs chaudes par contraste avec l’histoire de Kristen et AJ qui se fond dans un bleu océanique de toute beauté. L’ensemble s’ajuste à merveille comme sable et mer, un ensemble tout à fait à sa place.

On apprend énormément sur l’histoire de la discipline sans que cela soit professoral ou ennuyeux. Et avec ça, on est complètement happé par l’histoire d’un couple qui se découvre et apprend à s’aimer à travers la transmission d’une passion. C’est à la fois doux, à l’image de la couverture, et puissant tout en étant grave et sublime ! J’ai lu ça d’une traite comme emportée par les embruns, chavirée par la construction et par ce sujet qui n’était pourtant pas dans mes domaines de prédilection.

BD splendide et magistrale ! Une pièce maîtresse assurément, qui a ébranlé tout mon monde !

Et pour enfoncer le clou, je ne peux que vous citer Craig Thompson qui, en préambule, indique que c’est [son] roman graphique préféré au monde. Vous hésitez toujours ?

In waves / AJ Dungo ; traduit par Basile Béguerie (Casterman, 2019, 366 p.)

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#RL 2019 – La douceur de nos champs de bataille

Avant toute chose, le titre est magnifique ! Rien que pour lui, j’aurais pu me procurer ce livre de la rentrée littéraire.

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Il est question ici du deuil et celui d’autant plus insondable qu’il est celui représenté par la perte d’un enfant pour son parent.

Ici, Nikolaï, l’enfant suicidé entame un long dialogue avec sa mère qui ne comprend pas son geste désespéré. Il était le fils aîné, brillant et curieux et pourtant un jour il a décidé que la vie n’était pas pour lui. Pour quelle(s) raison(s) ? Ses parents ont-ils une quelconque responsabilité dans sa prise de décision ?

Ce lent dialogue est le fruit de l’imagination d’une mère qui, désarmée, fait face au deuil et au silence de l’absent. Par cet échange, elle nous donne à voir qui était son fils et qu’elle a été sa vie. Il est vivant, volontiers facétieux et parait bien plus du côté des vivants que des morts.

Une amie proche dit que nous ne comptons les jours, les semaines et les mois avec autant d’ardeur qu’à deux occasions : après la naissance d’un bébé et après la mort d’un être cher. Trois mois me semblent aussi longs que l’éternité, et néanmoins aussi courts qu’un simple moment quand c’est maintenant et maintenant et maintenant et maintenant, donc je dois dire à mon amie qu’il y a une différence entre la vie et la mort.

Ce roman est touchant de sincérité et de lâcher-prise. Chacun livre ce qu’il a au plus profond de lui-même. Il est juste dommage que certains dialogues soient parfois trop littéraires. J’ai eu peine à croire qu’un jeune adulte et sa mère puissent discuter de manière si empesée. Mais ce n’est que mon humble avis et cela n’a en rien affecté mon plaisir de lecture !

La douceur de nos champs de bataille / Yiyun Li ; traduit de l’américain (Belfond, 2019, 160 p.)

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#RL 2019 – Après la fête

Je ne suis normalement pas très adepte des premiers romans surtout lorsqu’ils sont français mais comme il faut parfois se défaire de ses idées reçues, j’ai décidé de donner une chance à ce petit ouvrage.

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Raphaëlle et Antoine sont jeunes et beaux. Ils étudient pour travailler dans l’édition et habitent le quartier animé de Château Rouge. Soirées d’insouciance et virées entre amis ponctuent leurs années estudiantines. Mais à l’heure de trouver du travail, le malaise s’installe car un déséquilibre se crée dans le couple. Elle a toujours eu des facilités, ayant été élevée dans un milieu bourgeois où elle ne manquait de rien. Lui est un galérien issu de la cité qui est très angoissé face à l’avenir. Sa famille a toujours dû trimer pour subsister. Là se trouve déjà le premier fossé. A l’heure des candidatures, elle trouve rapidement. Lui s’escrime à y croire mais les entretiens sont peu nombreux et ne donnent pas suite. Voici le deuxième fossé !

Ce parcours du combattant propre aux métiers du livre, je l’ai moi-même connu. Je suis donc tout à fait sensible aux propos tenus sur la profession et sur le devenir des métiers de cette branche. Le métier qui est au bout montre qu’il faut persévérer quels que soient les qu’en-dira-t-on sur la fin de la filière papier.

Le texte est appliqué et on sent un réel investissement de son auteure. Mais il y a sans doute un peu de maladresse car parfois l’expression est un peu ampoulée. C’est un défaut mineur propre à un premier roman et nul doute qu’il s’estompera naturellement dans les suivants. Je salue cette jeune romancière et lui souhaite un bel avenir littéraire.

Après la fête / Lola Nicolle (Les Escales, 2019, 160 p., coll. Domaine français)

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#RL 2019 – La fuite en héritage

Ce roman choral relate trois parcours de femmes à l’instant où leur vie est sur le point de basculer.

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Il y a d’abord cette sage-femme irlandaise qui, par amour pour son compagnon, a candidaté dans un hôpital londonien. Si professionnellement cette piste aboutit, c’est une nouvelle vie qui se prépare bien loin de son Irlande natale. Et il y a tant d’incertitudes au loin !

Remontons le temps en 1982 et c’est Jasmine qu’on suit. Elle est une jeune femme encore mineure mais ne rêve que d’une chose : devenir une athlète de haut niveau en tant que boxeuse. Le hic c’est que la boxe est, à l’époque, encore réservée aux hommes. Jasmine doit donc persévérer pour se faire une place dans ce milieu clos d’autant qu’elle est en rupture familiale. Rien n’est moins sûr sur ses chances de réussite !

Enfin, en 2012, on suit dans le Maryland, Ali qui est en fuite. Ayant perdu ses parents, elle est en proie à des grands-parents qu’elle ne connait pas mais qui veulent la récupérer. Entre envie d’émancipation et peur de l’avenir, le chemin parait pour elle aussi bien chaotique !

Je suis friande de ce type de récits car j’aime découvrir des destins individuels qui participent à une histoire commune. Cela explore également une part de l’Irlande qui n’a pas été très reluisante par le passé : celle d’enfants qui ont été abandonnés puis adoptés par des Américains (le livre et film Philomena que j’ai lu et vu sont très parlants sur le sujet) dans les années 50.

J’ai aimé ces parcours de combattantes qui s’interrogent sur leurs désirs profonds. Elles sont en proie à des problématiques qui restent actuelles : leur féminité, la maternité, l’avortement et leur place au monde. Un beau trio gagnant !

La fuite en héritage / Paula McGrath ; traduit par Cécile Arnaud (Quai Voltaire, 2019, 300 p.)

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